vendredi 7 septembre 2012

'Les hommes et le terrain dans la guerre civile contemporaine'

TRAVAUX DIRIGES (lien)

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TROISIEME PARTIE / De la géopolitique à l'idéologie révolutionnaire

A. La modification des équilibres continentaux (= facteurs externes)
  • La guerre conventionnelle qui déstabilise. C'est le cas de la France après la guerre de 1870 (qui s'achève en janvier 1871)
    • Précipitation d'une armée professionnelle, avec un haut-état major sans tête, qui bute sur des pbs logistiques. Des officiers français qui ne connaissent pas la France. Napoléon III débordé par les va-t-en-guerre porte une lourde responsabilité. 300.000 Français face à 500.000 Confédérés = échec annoncé.
    • Cinq semaines catastrophiques. Les défaites en Alsace (Wissenbourg et Froeschwiller) précèdent celle de Lorraine (Spicheren). Sedan : capitulation, le 3 septembre. 80.000 Français se retrouvent concentrés dans la presqu’île d’Iges.
    • Metz Bazaine fait croire qu'il peut redresser la situation. Le 28 octobre 1870, il rédige cepenandant l’ordre de reddition : 138.000 prisonniers supplémentaires. BILAN quatre semaines, 200.000 morts. Le siège de Paris a déjà commencé derrière des fortifications construites trente ans plus tôt (voir carte)
  • Le déclin des empires. Avec la disparition de l'Autriche-Hongrie et plus encore de l'empire Ottoman, c'est toute la péninsule balkanique qui rentre dans un cycle de guerres. La création d'Etats multi-ethniques ne résout que partiellement la question : guerre civile à répétition en Grèce et éclatement de la Yougoslavie (1990-95). L'effondrement de l'empire russe à la fin de la première guerre mondiale s'accompagne de la prise du pouvoir par les Bolcheviks (Révolution d'Octobre). Il en résulte une guerre de quatre années (chronologie) qui s'achève par la dislocation des dernières armées Blanches.
  • La naissance de nouvelles puissances. Le Japon de l'après première guerre mondiale tire profit du retrait (transitoire) de la Russie et du déclin de l'Allemagne-puissance coloniale. L'expansion sur le continent répond en partie à des impératifs internes (facteurs naturels). En Mandchourie (enjeu ancien), la colonisation déstabilise durablement la Chine et prépare le terrain au PCC.
B. L'éclatement des déséquilibres internes (facteurs institutionnels)
  • Une campagne présidentielle aux Etats-Unis : 1860. Beaucoup d'ingrédients se trouvent réunis avec l'élection d'Abraham Lincoln. Mais s'il avait été battu ? Par ailleurs, les Confédérés se réclament de la Constitution américaine.
  • Le 4 septembre 1870 : proclamation de la République. La précipitation des Républicains est lourde de conséquences, alors que le pays est en guerre (source).
  • Les conséquences de la victoire du front uni (Frente Popular) de la gauche espagnole en février 1936.
  • La libération de la Grèce en 1945 et l'opposition entre monarchistes et communistes précède le déclenchement de la guerre civile grecque.
  • La guerre en ex-Yougoslavie (après 1991) trouve son origine dans le fonctionnement même de la fédération défunte : décentralisation et déséquilibres territoriaux (source).
C. Les facteurs géo-économiques.
  • La crise de 1857 aux Etats-Unis. Elle résulte d'une conjonction entre le boom des transports, l'exploitation de l'or californien, le dvt agricole de la région des Grands Lacs et le déclenchement de la guerre de Crimée : illustration.
  • Le siège de Paris (octobre 1870 - janvier 1871) et ses conséquences : la faim, l'inflation et la montée des inégalités. La nourriture qu'ils ont désirée...
  • Le Mexique de Porfirio Diaz (1877-1911) : les investissements anglo-saxons (et français) se concentrent sur les secteurs les plus productifs tandis que l'Etat se montre incapable de réduire les inégalités.
  • L’Espagne, dans le sillage de la grande dépression de 1929.
D. Les facteurs sociaux.
  • Aux Etats-Unis dans les années 1860, la population urbaine s'accroît rapidement dans les Etats du Nord : Chicago est la plus notable. Le fossé entre native et immigrants catholiques (Allemands puis Irlandais) se manifeste clairement avec la création de sociétés secrètes (ex. Ordre de la Bannière Etoilée), les Know-nothing.
  • Les faubourgs parisiens gonflés par l’exode rural prennent de plein fouet la réorganisation de la ville par le baron Haussmann. Celui-ci s'appuie sur le décret de 1852 qui ouvre la voie à de vastes expropriations. Même si Paris embellit, les malversations et l'expulsion sans contrepartie des plus modestes provoquent le ressentiment (La Curée de Zola).
  • En Espagne, l’ouvrier contre le paysan ? Voir le cas de l'Andalousie et en particulier de Séville, troisième ville espagnole. En Chine, Mao réussit à comprendre plus tôt que d'autres le potentiel de déstabilisation incarné par la paysannerie pauvre : Ernest Mandel en convient, malgré ses convictions (source) !
E. Vers la grande révolution mondiale ? (= Dans la pensée révolutionnaire, il n'y a pas de guerres civiles)
  • La guerre de Sécession, guerre entre le capital et la propriété (Marx) : source (suite).
  • La Commune, première expérience d’une révolution non bourgeoise : Lénine et consorts / NPA (...)
  • En Russie, la victoire bolchévique, alors "qu'on agite l'épouvantail de la guerre civile"
  • La guerre d’Espagne : Hitler contre Staline ? Les Brigades Internationales sont d'abord communistes (et françaises) ?
  • Le maoïsme, ou la victoire des masses paysannes : source.



QUATRIEME PARTIE / La dimension territoriale.

A. Centre(s) contre périphéries.
  • La province lasse de la guerre, liguée contre la Commune.
  • Au Mexique, l'Etat du Morelos (carte), au sud de Mexico, sous l'autorité de ZapataPancho Villa tient quant à lui le nord (Durango, Chihuaha). 
  • En Russie, la dispersion des Russes blancs, incapables de coordonner une action contre les positions bolchéviques (carte). 
B. Régions contre régions.
  • Aux Etats-Unis, le Nord contre le Sud...
  • En Espagne, l'échec des Nationalistes devant Madrid à l'automne (1936) amène la guerre à se diffuser sur l'ensemble de la péninsule. D'une junte, on passe toutefois à un commandement unique (Salamanque).
  • En Chine, une guerre en province (wikipedia) menée par quelques dirigeants miraculeusement rescapés de l'insurrection de 1927 (lien)
C. Perdre, faute d'objectif géographique.
  •  L'obsession vis-à-vis de la Virginie par les Sudistes, au point de choisir Richmond. Plan Anaconda de Winfield Scott.
  • Des Fédérés incapables de mettre en place une stratégie pour parvenir jusqu’à Versailles.
  • La confusion stratégique des Républicains espagnols : le Nord de l’Espagne abandonné (?) aux Nationalistes, la Catalogne séparatiste ou encore le front d'Aragon.
  • Le 8 décembre 1949, Tchang Kaï-chek s'enfuit à Formose (source)
D. Vaincre, c'est contrôler un territoire et réduire à néant toute opposition
  • Les déserts du nord-ouest mexicain (vidéo) dans lesquels Pancho Villa se retranche à partir de 1915, soutenu par les Indiens (Yaquis), une fois dispersée sa Division del Norte par l'armée de Carranza. L'année suivante, Pershing traverse même la frontière...
  • La redéfinition des frontières par Lénine suit l'accord de Brest-Litovsk (3 mars 1918) : elle scelle le destin de l'URSS pour 70 ans. La concentration systématique des prisonniers : l'ouverture du camp des Solovki en 1923 inaugure l'archipel du goulag (source).
  • La conquête de l'Espagne cantabrique (carte) : avant et après Guernica (source)... Dès l'été 36, le général Mola procède à partir de la Navarre, au contrôle du Pays basque...
E. La négligence - parfois calculée - des contraintes géographiques : les guerres civiles sont des guerres comme les autres !
  • Les distances à parcourir, pendant la guerre de Sécession. Au Mexique, le train (source) symbole du porfirisme (source) s'impose vite pour le déplacement des troupes rebelles comme gouvernementales...
  • Les amplitudes thermiques de la Meseta espagnole témoignent de la faiblesse des influences maritimes (source).
  • L'approvisionnement des armées, et l'utilisation de l'arme alimentaire : l'Holodomor ukrainien (1920-1933). Cela renvoie au sort des civils en URSS ['Crimes et violences de masse des guerres civiles russes (Nicolas Werth)] ou en Chine : un reportage de Life lève le voile, en pointant la responsabilité des Japonais (p.29)


CINQUIEME PARTIE / Etude de cas

A. Les Etats-Unis et les Américains dans la guerre de Sécession  (1861 - 1865) / James McPherson La Guerre de Sécession (Bouquins - Robert Laffont, 1991)
  • Géopolitique américaine. 
    • L'expansion vers l'Ouest, ou destinée manifeste, a commencé avant la guerre (Californie, 31ème Etat), se poursuit pendant, et s'accélère après. La colonisation agricole fait pièce à l'idéologie agrarienne dans les Etats du Sud. Narciso Lopez à Cuba et William Walker en basse Californie...
    • Dans une Amérique qui s'urbanise, la question de l'esclavage : est davantage une faute économique qu'un pêché. Des paroles aux actes : le cas John Brown. Le décret d'émancipation (22 sept.1862) révèle que le Sud n'a pas perdu à cause des esclaves.
  • Les forces en présence.
    • La stratégie de l'étouffement par un blocus maritime et fluvial : plan Anaconda. 
    • Pour la Confédération, le printemps 1861 passe dans l'angoisse d'un retrait des Etats du Haut-Sud (par le maintien d'un parti unioniste) : Virginie (occ.), Kentucky mais aussi Maryland.
    • L'armée professionnelle, à l'orée de la guerre. Faiblesse de la formation des officiers et poids des politique (ex. de la bataille de Ball's Bluff). Armée de conscrits (+/-) en 1865, qui donne la victoire au camp s'appuyant sur la base démographique la plus large : le Nord.
  • Un conflit en deux phases
    • Les contraintes d'une guerre continentale : climat et utilisation du train, pour le transport ou comme cible pour la cavalerie et les franc-tireurs sudistes. 
    • 1861-63 : victoires tactiques du Sud, avec les figures montantes de Lee et Stonewall Jackson (lien)
    • Vicksburg et Gettysburg, le tournant de juillet 1863
    • 1864 : un écrasement inéluctable, qui montre les limites de la stratégie nordiste définie et poursuivie par Grant : Petersburg et March to the sea (l'armée Sherman en Georgie) 
  • Bilan
    • Deux choix de financement de l'effort de guerre : inflation contre emprunt. L'appauvrissement continu de la Confédération se manifeste dans sa capitale, Richmond (lien). 
    • Guerre de la modernité. Communication (1864, réélection) et apparition d'un système de santé, avec le corps des ambulanciers & infirmières (lien). Nouveaux armements, nouveaux matériels (train, bateaux, ...). 
    • Le statut du combattant reb' et l'invention du prisonnier de guerre. Le cas sinistre du camp sudiste d'Andersonville (lien). 

B. La Commune de Paris (18 mars - 28 mai 1871) / Robert Tombs La guerre contre Paris (Aubier, 1998)
  • Géopolitique française. 
    • La métamorphose de Paris sous le Second-Empire commence dès les 1850's (carte).
      • La construction des embarcadères (gare) et la pose des voies ferrées précède la destruction du mur des Fermiers généraux et l'intégration des faubourgs : élargissement à 105 km² en 1860.
      • Les nouveaux bâtiments (l'Opéra) et grands boulevards - après celui, précurseur, de Sébastopol - servent à aérer le tissu urbain (hygiénisme), à fluidifier les déplacements en voitures (à cheval) tout en faisant des affaires (lien).
        • Au nom de l'esthétique, le baron embellit la capitale (tout en détruisant des quartiers entiers), incorpore allées arborées et parcs d'agrément : grâce à l'ingénieur Alphand (lien).
        • Les sciences et techniques permettent la réalisation d'un immeuble d'habitation de 6 étages en moyenne, dense et moderne (lien) autant que l'adduction d'eau potable (Montsouris) et l'évacuation des eaux usées : grâce à l'ingénieur Belgrand (lien).
        • Plus les axes nouveaux se construisent, plus les loyers augmentent... 
      • Les populations ouvrières repoussées du centre se coagulent aux 400.000 nouveaux Parisiens des faubourgs : historiquement séditieuse, sociologiquement attirante (guinguettes), mais vivant souvent dans des conditions misérables (lien).
    • Le siège de Paris commence avec l'encerclement de Bazaine à Metz (carte) et de l'entêtement des Républicains à vouloir poursuivre la guerre. Bêtise au plan militaire (200.000 prisonniers de l'armée impériale, et les fortifs datant de Louis-Philippe) et économique : inflation, et tensions sociales.
    • Les lieux de la victoire (défilé sur les Champs-Elysées le 1er mars 1871), lieu du pouvoir (Paris / Versailles), lieu de la guerre (places parisiennes et parc d'artillerie). Le 18 mars le torchon brûle...
  • Les forces en présence
    • Près de Versailles, le camp de Satory (avant même sa transformation en lieu d'internement), sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon.
    • L'armée des Fédérés... Folie des élus parisiens ? La sortie du 3 avril et les trois colonnes (Châtillon, Meudon et les Moulineaux) sans stratégie et sans organisation. Les Versaillais tiennent des positions hautes, fortifiées par les Prussiens. Nomination d’officiers à la tête des bataillons de fédérés. Cluseret Délégué général à la guerre.
  • Deux phases, marquées par l'attentisme des Parisiens et la progression lente des Versaillais :
    • L'encerclement. Il commence avec le contrôle du fort d'Issy (entre le 25/04 et le 9 mai). Attentisme des dirigeants communards. Entrée dans Paris le 22 mai (carte).
« Assez de militarisme, plus d’Etats-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures ! Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! L’heure de la guerre révolutionnaire a sonné. Le peuple ne connaît rien aux manoeuvres savantes, mais quand il a un fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l’école monarchiste. » Delescluze
    • La Semaine sanglante (du 22 au 28 mai). Entrée des 100.000 Versaillais par l'ouest. Les barricades contournées : 400 morts et mille blessés. 'Nous sommes encombrés' de Mac-Mahon. Naissance de l'étatisme totalitaire : étirement de la chaîne de commandement et 18.000 exécutions (minimum, sans compter les proscrits). Unité de temps, lieu et action.

C. Le Mexique et les Mexicains dans la Révolution / Jean Meyer La Révolution mexicaine (Texto - Calmann-Levy, 2010).
  • Le Porfiriat. Des inégalités criantes entre une paysannerie arriérée et des grandes villes en plein boom économique (lien).
    • Géopolitique d'une dictature nationaliste : frontière américaine, ouverture sur le Pacifique (au Japon), canal de Panama.
    • Modernisation en trompe-l'oeil, qui renforce les grands propriétaires par blocage de l'exode rural, qui ruine artisans et professions intermédiaires (concurrencées par savoirs et techniques issus des pays industrialisés)
  • Quatre phases. Théâtre désertique. Montagne subtropicale. Les grandes villes... Armée professionnelle contre révolutionnaires.
    • Le bref triomphe des élites de Mexico, unies derrière Madero, après le 20 novembre 1910 (lien). Montée des mécontentements...
    • Les classes moyennes urbaines de province - liées au milieu militaire - tente de faire valoir un programme d'ordre. Au printemps 1913, Victoriano Huerta s'impose : pour peu de temps et sur le Mexique central. Ailleurs le chaos règne.
    • Montée en puissance de l'Etat nouveau, marqué par Venustiano Carranza (lien). Rétablissement de l'ordre, mise en place d'une nouvelle constitution
  • Bilan. La victoire des Constitutionnalistes. La Christiade (source).
D. La Russie et les Russes dans la guerre civile (1918-1924) / Nicolas Werth Histoire de l'Union Soviétique (Puf 1990)
  • L'impact de la Première guerre mondiale en 1918, en Russie. Désorganisation économique (dans les campagnes et dans les villes), pertes humaines.
  • Les Russes blancs (+ puissances occidentales) et les peuples périphériques : Baltes, Finlandais et Polonais (Nord-Ouest) ; Caucasiens ; Sibérie...
  • L'organisation économique de la Russie rouge : communisme de guerre. Puis la NEP.
  • Le cas de l'Ukraine : Holodomor (source).
E. L'Espagne et les Espagnols dans la guerre civile (1936 - 1939) / Hugh Thomas La Guerre d'Espagne (Bouquins - Robert Laffont, )
  • Géographie. 505 000 km². Deux littoraux, deux archipels, deux continents. La meseta entaillée par de grandes vallées, dominée par des massifs montagneux. Rigueur et aridité. 20 millions d’Espagnols en 1910. 26 millions en 1940 (pour 40 millions en 2005).
  • L'Espagne républicaine en difficulté économique. La question de la propriété (réforme agraire ratée), du syndicalisme + crispation idéologique (l'Eglise catholique)
  • L'armée derrière la junte ? Franco, l'homme de l'ombre avant la révolution des Asturies (1934)
  • Faire la révolution à Madrid (ou à Barcelone - mai 1937) : un Etat qui se délite peu à peu. Créer un Etat à Salamanque : un chef, des recettes fragiles, mais une économie étatisée. 
  • Les grandes batailles autour de Madrid (automne 36 - hiver 37) : Jarama et Guadalajara. La poche Cantabrique. De Teruel à la frontière française. Un terrain inattendu.

F. La Chine et les Chinois dans la guerre civile (1915 - 1949) / Lucien Bianco Les origines de la Révolution chinoise (Folio - Gallimard, 2007)