samedi 30 septembre 2017

"Le pivot géographique de l'histoire", ou le naufrage d'Yves Lacoste



   Celui que beaucoup révèrent un peu vite comme le père de la géopolitique française m'a accompagné par l'esprit pendant de nombreuses années; sans le savoir, bien entendu. Je lui dois des ouvrages stimulants, comme son Dictionnaire ou son ouvrage sur la Méditerranée. La revue Hérodote m'a également longtemps servi - comme abonné puis comme simple lecteur - dans la préparation des concours et cours, ou dans l'éveil à des problématiques les plus diverses.

Il y a eu néanmoins un double non-dit qui entre-mêlait cette sorte de compagnonnage intellectuel (sans contact d'aucune sorte, faut-il le préciser) et m'empêchait de me rapprocher davantage de ce qui est devenu une école organisée autour des productions et écrits du professeur aujourd'hui en retraite...


  • le premier non-dit tenait aux options premières du jeune universitaire né au Maroc, observateur des bouleversements du monde de l'après-1945, enthousiaste vis-à-vis de ce que certains analysaient comme la revanche du Tiers-monde à l'issue des guerres de décolonisation, frisant avec l'anti-américanisme des anti-impérialistes lors de la guerre du Vietnam. Le nationalisme mâtinée d'internationalisme de Lacoste m'a d'abord paru vieillot. Il me paraît désormais - au mieux - contestable (source).

  • Le second non-dit venait du contexte. En quelques décennies, la géographie a déserté les médias grand public - à l'exception notable du Dessous des cartes - et a subi un rétrécissement drastique : confinement dans les programmes d'histoire-géo du primaire & secondaire, relégation de la topographie des enseignements, dégagement de la géographie physique au profit des Sciences de la vie et de la terre.

   La revue Hérodote et son chef de file Yves Lacoste ne m'auraient pas convenu que le résultat n'aurait pas varié, du point de vue de son impact et de son utilisation ! Dans une oasis isolée au milieu du désert, on ne fait pas la fine bouche sur la couleur de l'eau puisée. Par respect pour un homme d'une autre génération, je n'ai en outre pas cherché à m'insurger contre une forme de monopole des géographes lacostiens, coincés entre les sociologues et les spécialistes des Relations Internationales.

L'envie de parler de tout et dans le feu de l'actualité, a produit une banalisation et une distorsion méthodologique qui ne m'ont pas échappé. Mes réserves se sont accumulées, qu'il s'agisse du maître ou de ses disciples : sur les relations entre Europe et Russie, sur la question post-coloniale (l'Allemagne et les Etats-Unis exclus de toute comparaison avec la France pour traiter des problèmes de l'immigration), sur  la Libye du guide Kadhafi, ou encore sur l'analyse récente du vote FN. La liste dépasse ces quelques exemples, mais le résultat souffre au minimum la discussion. Rien de grave que cette ultime évolution : on ne peut pas être et avoir été, et l'opinion d'autrui m'indiffère du moment qu'elle ne me censure pas.

   Restait que je n'avais pas lu l'article d'Yves Lacoste sur le 'Pivot géographique de l'histoire', lecture critique de la célèbre conférence donnée par le Britannique Halford John Mackinder à la Société Royale géographique de Londres, en janvier 1904. C'est désormais chose faite, après lecture dans le langue originelle du texte-support : ici en français chez Egea. Avec retard (2012), je ne décolère pas. La faute apparaît énorme, dès les premières lignes... L'octogénaire français introduit en effet son pamphlet en plaçant sur un pied d'égalité son oeuvre ('l'école française de géopolitique' - sic -) et celle du Britannique aux résonances quasi universelles.

Que le maître à penser écrive dix ans avant le déclenchement de la Première guerre mondiale ne semble pas effleurer l'esprit du critique. En 1904, la météorologie moderne continue de tâtonner, les avions volent tout juste, et Wegener n'a pas encore conçu sa théorie sur la tectonique des plaques; les grandes découvertes s'achèvent, mais la classification biogéographique des milieux n'est pas achevée. Au plan idéologique, Mackinder suit sans doute la montée en puissance des nationalités perdues dans des territoires trop vastes (sur les bords de la mer de Chine), insérées dans des structures géopolitiques défaillantes (l'empire Ottoman) ou étouffées à l'intérieur d'empires eux-mêmes tiraillés par des tensions sociales (Russie ou Autriche-Hongrie). Mais en 1904, le sultan du Maroc n'a pas encore perdu son trône, les Balkans restent sous le joug d'Istanbul et l'empire Britannique ne connaît pas de rival.

   Ne pas rappeler ce contexte ne fait pas que nuire au propos général, il fait courir le risque à Yves Lacoste de se voir reprocher une jalousie ridicule, en même temps qu'une fièvre accusatrice digne d'un procureur obtus. Certes, il rend un hommage appuyé au principal traducteur et commentateur français (le regretté Hervé Couteau-Bégarie) de Mackinder, mais cette attention notable ne suffit pas; elle tombe même en porte-à-faux! Si Couteau était un penseur éminent, pouvait-il estampiller comme majeur ce géographe que Yves Lacoste discrédite dans l'intégralité de son article ? La contradiction saute aux yeux. A plusieurs reprises, le simple procès d'intention remplace même la simple opposition d'idées.

*

   Géographie physique à la petite semaine. Mackinder s'appuie sur les connaissances de son temps pour évoquer les milieux naturels de la Russie d'Europe et ses franges méridionales. Car il veut démontrer l'association entre sols (légers), végétations (herbeuses) et pratiques. Qu'elles fussent pastorales ou guerrières, elles s'étendaient sur de si vastes surfaces qu'elles recouvrait une partie importante de l'Asie, du foyer de peuplement Han (ethnie majoritaire chinoise) jusqu'au Danube : l'Eurasie turco-mongol. Imprécis, le constat de Mackinder demeure parlant aujourd'hui, bien qu'il omette par exemple la toundra n'apparaît pas, au nord de la forêt de conifères, de part et d'autre du Cercle polaire arctique. Yves Lacoste ne se satisfait pas de l'idée générale et cherche indûment la petite bête. Oui, il y a aussi des chaînes montagneuses fermant la steppe au sud (Caucase, Pamir, etc.) mais on pourrait signaler de très nombreux littoraux - oubliés par le malencontreux (1) redresseur de torts - : ceux de la mer d'Aral, de la Caspienne ou de la mer Noire.

   Les grandes invasions sont le deuxième cheval de bataille de notre géopoliticien national. Après avoir cité largement Mackinder dans le texte, il aurait pu remarquer que la liste fastidieuse de tous les peuples - depuis les Celtes jusqu'aux Magyars en passant par les Huns - alourdit le propos de l'auteur. Il préfère relever des manques : les Varègues ont fondé Kiev; dont acte. Mais Mackinder ne mentionne pas davantage les Vikings en Angleterre ou à Paris, les Vandales qui traversent Gibraltar et envahissent l'Afrique du nord. Dans la moitié occidentale du plus grand de tous les continents - et depuis des millénaires - des vagues de peuplement se sont succédées. N'est-il pas important de savoir leurs modes de déplacement, ou - pour être plus précis - de connaître le cheval source de toutes les anciennes mobilités ?

Lacoste assène en vieux grincheux que le Britannique n'a pas proclamé la supériorité du cavalier Hun sur le chevalier chrétien, a tu l'invention de l'étrier et le génie stratégique des souverains des steppes. Il est plus simple en 2012 de décerner des couronnes qu'en 1904, quand on dispose du fruit des recherches historiques et des fouilles archéologiques. Ces dernières ont révolutionné les idées reçues longtemps véhiculées sur les Barbares nomadisant dans le centre de l'Asie ! S'ensuit une attaque délirante du concept central de l'intervention de Mackinder : le Heartland. L'expression jouerait sur le double sens de cœur, posant à Yves Lacoste un état d'âme. (2)

Non seulement il n'y a pas d'anachronisme mais le mauvais contradicteur s'enferre. Il aurait souhaité une meilleure définition des 'bordures de la plaque eurasiatique', citant ensuite les grandes chaînes de montagnes (Alpes, Himalaya, etc.) et les foyers de peuplement chinois et indiens. Mackinder proclamerait la supériorité des navigateurs européens et la marginalité des peuples asiatiques abordés par voie maritime au XVIème siècle, via le Cap de Bonne-Espérance et l'océan Indien. A une complète imprécision, Yves Lacoste ajoute par conséquent un contre-sens. Heartland se situe hors d'Europe, à l'Est de l'Oural : c'est donc une projection - certes discutable - de 5 à 10.000 ans d'histoire continentale, telle qu'elle était connue en 1904 !

Dans la deuxième moitié, le ton s'adoucit heureusement. Mackinder a excessivement simplifié l'expansion impériale russe à partir de la Renaissance. Son critique français s'en donne donc à cœur joie pour relever les oublis. Lui-même gomme à la fois la dimension culturelle et religieuse du tsarisme, réinterprétation russe de l'Empire byzantin (lui-même prolongation de l'Empire romain) et modèle auto-proclamé d'un royaume chrétien luttant contre l'Islam turco-mongol conquérant :

  • l'importance de la taïga, refuge pour les Russes - sujets des Mongols - dans la seconde moitié du Moyen-Âge, avec l'interaction féodale tardive qui en résulte (les serfs peinent à s'affranchir, dès lors que les seigneurs assurent leur protection dans un environnement hostile)
 
  • le rôle des Cosaques comme supplétifs de l'armée tsariste. Ils contiennent puis repoussent les tribus nomades des steppes, et sédentarisent dans les stanitsas  : villages fortifiés destinés à la colonisation agricole.
 
  • le facteur démographique. Les Russes dépassent en population les Français dès le début du XVIIIème siècle


*

   Conclusion. Yves Lacoste reconnaît en fin de compte à son adversaire le droit d'échafauder une thèse. C'est évidemment pour la démonter dans ses attendus comme dans ses développements. A cela je ne peux rien faire d'autre que de constater la part de mauvaise foi du Français. Bien sûr, les Britanniques chantent Rule Britannia et se reconnaissent comme seul animal fétiche le lion roi des animaux : est-ce la faute de Mackinder ? Il ne suffit pas de lui opposer "l'immense géographe" (sic) Elysée Reclus pour balayer des faits têtus. Le pivot géographique a été reconnu comme un postulat important dans l'histoire contemporaine...

Quels sont-ils - ces mérites - pour rendre à César ce qui lui appartient, et à Mackinder ce qu'il a proposé ? A la veille de la Première guerre mondiale, la Russie représente l'exemple d'une puissance géopolitique totale; peu importe la définition exacte donnée à l'expression pivot. Quoi qu'en disent les esprits chagrins, la puissance maritime britannique est en train de passer tragiquement : rivalités coloniales et commerciales, montée en puissance industrielle continentale. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, l'économie russe connaît une phase de transformation comparable à celle que l'on observe au même moment aux Etats-Unis. Dans ce dernier cas, une dizaine de millions de migrants ont apporté à leur pays d'accueil ce que le croît naturel a produit dans l'empire des tsars Alexandre II, Alexandre III et Nicolas II.

   L'expansion territoriale de la Russie se fait continue et multidirectionnelle, aux dépens de la Suède (Finlande et Estonie), des pays Baltes, de la Pologne, des empires Centraux et enfin de l'Empire ottoman (sur les littoraux de la mer Noire et au Caucase). Sans doute le géographe britannique n'en détaille pas tous les aspects comme on peut le faire avec le recul aujourd'hui. Je ne juge plus nécessaire de revenir sur le reste du papier d'Yves Lacoste qui consacre ses derniers paragraphes à fustiger le Mackinder de l'après-1918 (lui ou ses commentateurs); ce qui ne convient pas à l'idée d'une critique limitée de la thèse du pivot géographique. En 1914, Berlin précipite l'Allemagne et ses alliées dans un engrenage catastrophique et presque sans fin : une guerre sur deux fronts.

On commentera sans fin les circonstances du conflit mondial à l'été 1914 (simultanéité Ouest/Est de l'effort militaire allemand) et les erreurs stratégiques commises. L'Empereur Guillaume II prend des risques excessifs, parce qu'il estime qu'il y a péril en la demeure. Le Heartland continental menace dans son existence même l'Allemagne; c'est en tout cas ce qu'il pense, opinion partagée à la Cour, très probablement. Mackinder avait donc raison, malgré un argumentaire parfois bien léger, n'en déplaise à Yves Lacoste...


  • (1) "C’est à ces dernières [... les steppes] qu’il porte presque exclusivement attention, sans pour autant noter qu’elles s’étendent d’est en ouest pour l’essentiel sur un très vaste ensemble de grandes plaines et de plateaux, ce que de nos jours les géologues appellent la plaque eurasiatique" / Yves Lacoste commet lui-même une confusion. La plaque eurasiatique représente une unité géographique résultant de la tectonique des plaques, sans rapport avec les reliefs de surface; ainsi, on trouve la chaîne himalayenne autant que la plaine russe, les plateaux sibériens ou les monts Oural.
  • (2) "le mot heartland a une profonde connotation sentimentale (notamment aujourd’hui aux États-Unis à titre publicitaire)"

vendredi 25 août 2017

La Chine - Travaux dirigés 2017

  • TD n°1 : Fortes densités sur une portion minoritaire du territoire
    • 9,6 millions de kilomètres-carrés - dont 40 % totalement vides d'habitants permanents - font de la Chine le quatrième pays le plus vaste de la planète, sauf si l'on ajoute Taïwan au continent (les Etats-Unis, 9,63 millions de km²).
      • L'Inde a t-elle déjà dépassé la Chine en nombre d'habitants ? => Lourdes interrogations géopolitiques (lien
    • Organisation géographique entre Chine du riz et Chine du blé, la civilisation ancienne chinoise s'étant adaptée aux contrastes climatiques du Milieu (carte)
    • Histoire d'une unification ethnique et linguistique qui a commencé avec Homo Sapiens (lien), en liens constants avec le reste du monde. En témoignent les grands courants religieux précocement répandus en Chine (lien) : de malheureuses erreurs d'interprétation en ont découlé (lien).
    • Marges et minorités linguistiques.
      • Synthèse de l'université de Laval (Québec)
      • Les Chinois, onglet de blog à visiter, surtout pour les posts les plus anciens. Ceux qui suivent se retrouvent dans les TD à venir... (lien)


  • TD n°2 : L'expérience communiste chinoise
    • A la suite de la proclamation de la République Populaire, le 1er octobre 1949, Mao lance le pays sur la voie du développement - par l'agriculture - et de l'autarcie (lien).
      • En 1958 commence le Grand Bond en Avant (lien) qui le marginalise au sein du parti.
      • Grâce à la Révolution culturelle Mao reprend la main temporairement (1966-76). Synthèse (lien)
      • 60 millions de morts et une pyramide des âges à trous (lien)
    • L'amnésie collective (Mao victorieux?) s'étend aux événements de la place Tiananmen (1989). L'embrigadement, comme modèle économique : Le faucon et la pomme.
    • Propagande et classe moyenne, un cocktail explosif en matière de stabilité sociale. En 2009, pour le soixantième anniversaire de la RPP, l'incohérence éclatait (lien).
    • Moderniser sans desserrer les verrous fermant toute perspective pour l'homme de la rue. Peut-on séparer libertés politiques et libertés économiques (lien) ? Murong Xuecun pense qu''Il manque un remède à la Chine" (lien)

  • TD n°3 : Les grands travaux, envers et contre tout. Faire des Chinois un peuple libre et heureux [la méthode choisie fut le socialisme
    • Le travail non rémunéré, ou la part obscure des prisonniers de droit commun : le laogai ou goulag chinois [Vrai cosmétique et faux médicaments].
      • Mai 2012, une famille américaine découvre, ébahie un message de secours venu d'une prison-école.
      • En 2017, on compterait entre 3 et 4 millions de prisonniers [source]. Comme aux Etats-Unis avant la guerre de Sécession, le travail servile concurrence le travail salarié.
    • L'agriculture irriguée dans les steppes a produit une hausse médiocre de la production céréalière, davantage portée par la mécanisation des meilleurs terroirs.
      • L'installation forcée de Hans et la lutte contre les 'contre-révolutionnaires ethniques' a déséquilibré la province (lien). 
      • En Mongolie intérieure, le résultat obtenu est une désertification avec soumission des sols à l'érosion éolienne. Depuis près de 40 ans, Pékin tente d'opérer une opération inverse, longue, coûteuse et à l'issue incertaine (lien).
    • Méga-barrage sur le Yangzé (contexte) et autre détournement continental...
      • Un aménagement majeur sur le plus long fleuve chinois : Les Trois-Gorges, profondes désillusions à venir ! (1er et 2ème épisode). Enthousiasme en France pour l'achèvement du barrage, en 2008, avec son lac de retenue 'de la taille de la Suisse' (lien). Ce projet n'aurait pu voir le jour sans la collaboration d'entreprises occidentales.
      • Transporter l'eau sur des milliers de kilomètres renvoie à un vieux rêve réalisé à l'époque impériale : le Grand Canal. Le but est désormais de transférer l'eau d'un bassin versant à l'autre [Singe en hiver, journaliste en été].
    • Une passion inchangée pour les grands projets d'infrastructures, peu regardante sur le coût humain :
      • Le port de Tianjin, hier occidentalisé (lien), aujourd'hui en pleine fièvre de construction (lien). Mais une explosion de forte intensité (en août 2015) ayant tué 165 personnes, a  révélé l'envers de la médaille...
      • De la ligne Pékin-Lhassa (train) inaugurée en 2006 (lien) jusqu'à l'aventure aérospatiale. Les taïkonautes iront-ils les premiers sur Mars ? Pour l'heure, la troisième sonde du monde à avoir aluni est chinoise (lien).




  • TD n°4 : Pollution et soumission aux risques naturels
    • Les industries subventionnées sont certes libres de toute contrainte; elles l'ont été longtemps, en tout cas. 
      • Il faut rappeler que cette situation résulte d'un choix effectué à l'époque de Mao. Tous les avertisseurs sont au rouge, qu'il s'agisse de l'air, de l'eau ou des sols
      •  Faut-il regretter la contrainte autarcique [Propreté d'hier et saleté d'aujourd'hui] ? Certains oublient qu'il existait des usines polluantes : dans l'armement, par exemple.
    • La négligence des besoins du consommateur n'est pas fortuit. Il s'explique par l'idéologie communiste, le corps social étant guidé par le PCC dans la voie du progrès. Ce dernier est censé incarner le peuple : ses décisions visent à contenter un groupe collectivement, et non comme une somme d'individus (ou d'agents).
      • L'extension rapide des surfaces urbanisées s'effectue systématiquement au détriment des villages : exemple à Wukan. Les maisons-clous témoignent également du destin des quartiers historiques faisant obstacle aux projets du parti (source).
      • Dans le vide idéologique résultant, ne subsiste que la course cynique au profit individuel, la course à la survie : L'or, les prostituées et une bulle dans le ciment.
    • Les normes environnementales en Occident ont dopé les industries polluantes en Chine. L'Union Européenne a élevé les niveaux de protection de l'air, de l'eau et des espèces naturelles; elle a recherché la santé et le bien-être des citoyens (source).




  • TD n°5 : Une démographie vacillante
    • La situation médicale est paradoxale en Chine. Le corps médical a un niveau moyen satisfaisant, avec des équipes de spécialistes remarquables, mais l'état de santé général de la population laisse à désirer
      • Une spécialité reconnue - et sulfureuse (lien) - dans la transplantation d'organes.
      •  La diffusion du sida, mal évaluée et lourde de conséquences [Pas de latex, mais du plastique]. Ursula Gauthier a enquêté sur les transfusions sanguines dans le Henan (lien)...
      • La population vieillit, le nombre de malades atteint par le cancer augmente rapidement (lien) et l'espérance de vie stagne (lien), entraînant des conséquences importantes en terme de dépenses médicales... 
    • Hygiène de vie et niveau de protection individuelle encore caractéristique d'un pays en voie de développement
      • Consommation de tabac en progression : un paquet par Chinois et par jour est la moyenne calculée en 2013 (lien).
      • Accidentologie. Sur la route, l'OMS estime à 260.000 le nombre de tués par an en Chine (lien).
  • TD n°6 : Montée des revendications sociales et économiques (à défaut de revendications politiques ?)
    • Le printemps de Pékin, (juin 1989). Manifestation et répression...
      •  La capitale de la Chine communiste (à la place de Nankin) et la construction de la place : destruction d'une partie de la ville tartare sur décision de Mao (lien).
      • La mort de Hu Yaobang et l'arrivée des étudiants (lien). Retour à l'ordre au bilan imprécis (lien).
    • L'augmentation moyenne du PIB par habitant (lien) cache de grandes inégalités :
      • Dans les grandes villes en particulier, la vie citadine est trop coûteuse pour la majorité des Chinois (source). Les logements (lien) ou la prise en charge en cas de maladie (lien) restent hors de portée pour la majorité.
      • Le poids du parti dans l'accroissement des injustices, s'ajoute à une difficulté : celle de contrôler les tensions sociales (lien). Retour sur le scandale du lait à la mélamine (lien)... Le beurre, l'argent du beurre et la crémière.
      • Falun gong, secte pourchassée par le régime. L'argument officiel montre un certain désarroi idéologique (lien).
    • Les promus de la classe moyenne et l'isolement des dissidents :
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  • TD n°7 : Mégalopoles sous étroite surveillance.
    • La peur d'un exode rural incontrôlable est ancienne (avant 1949)
    • Dans les années 1930, SHANGHAI, métropole cosmopolite était promise à un brillant avenir [Les brigands sont éternels] Pourtant...
      • Aujourd'hui une ville tentaculaire (dossier complet), à plusieurs facettes; le Huangpu a cessé d'être l'artère principale de circulation des marchandises (plan).
      • L'accroissement des banlieues, pour cause de gentryfication du centre de Shanghaï : Shanghaïens, jamais trop plaints.
    • Investisseurs contre mingongs 
      • L'éclatement de la bulle immobilière menace. Mais il n'y a de fait rien de bien nouveau dans un pays où l'épargne ne trouve pas d'issue en dehors de la bourse : Shanghaï sur un air de Dubaï. La seconde relance par l'ouverture des vannes du crédit repose sur des bases fragiles : point de situation.
      • Les travailleurs pauvres (mingongs) vivant en ville ne bénéficient pas des avantages des citadins. Les paysans-ouvriers n'ont pas de permis de résidence : le hukou. La prostitution menace (lien)...



  • TD n°8 : Une économie dépendante du prix des matières premières.
    • Le port de Tianjin (images au-dessus) - plan - l'extension des implantations rattrape l'aire urbaine pékinoise en expansion.
      • Les besoins en charbon, fer et hydrocarbures grandissent (importations)
      • Les produits transformés destinés à l'exportation sont embarqués sous forme de containers (lien)
      • Dans quelle mesure les Chinois profitent-ils de ces échanges ? Bien plus pour les nuisances que pour les contreparties positives (lien)
    • Le secteur agricole et les marchés internationaux
      • Propriété privée corsetée, grandes structures collectives plus ou moins intensives et besoins grandissantes avec une population de plus en plus citadine (synthèse)
    • La Chine subit à la fois les conséquences du gonflement de bulles de valeur (retour des spéculateurs) et d'une inflation des produits alimentaires + biens de consommation
      • La pénurie de matières premières et de produits semi-finis génère une activité financière spéculative (lien) : portrait-robot du petit malin... 
      • A la veille d'une chasse aux spéculateurs, après la reconduction de Xi Jinping et la clôture du 19ème Congrès (lien après) ?
      • La main d'œuvre vient à manquer sur les littoraux (lien), les prix du sable et du ciment augmentent (60 % de la consommation mondiale), entraînant la hausse de l'immobilier
      • A Kangbashi, on attend encore les habitants : Après l'aïl, ouïlle !

vendredi 3 février 2017

Lexique - cours de géographie (1ère année) / S2 - 2017

  
   En lien avec le cours, ce lexique de 60 mots-clefs s'appuie sur le dictionnaire en ligne du CNRS ainsi que sur le Dictionnaire de la géographie d'Yves Lacoste (Armand Colin, 2003). Les mots ici recensés servent de base à l'examen final de géographie, prévu dans le cadre d'un exercice nocturne. Toute la discipline ne s'y trouve donc pas réunie, mais rien de ce qui est consigné n'est à négliger ! A Coëtquidan, l'enseignement de la géographie militaire se base sur l'étude de la géographie combinée à l'histoire, dispensé à la fois à l'ESM de Saint-Cyr (3ème Bataillon - TCP -, 2ème Bataillon - filière SSP -, 1er Bataillon - majeure histoire-géo & stage international) et à l'EMIA. Il donne à un élève officier se formant pour servir dans une armée (de terre) occidentale, les outils pour localiser les menaces, risques et fragilités. Le cours de géographie apporte sa contribution à l'art de faire la guerre qui n'est pas désigner un pays sur une carte politique ou fustiger une organisation. Vaincre, c'est occuper le terrain.


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CHAPITRE I

Amplitude thermique, avalanche, anticyclone, cercle polaire, cercle polaire, climat, continentalité, désert, el Nino, erg, étagement, glacier, gradient thermique universel, homogénéité thermique, latitude, Mousson d'été, rayonnement solaire, reg, versant montagneux.

Amplitude thermique : Ecart entre la moyenne de température du mois le plus froid (dans l'hémisphère Sud, juillet ou août) et celle du mois le plus chaud. On parle également d'amplitude thermique diurne pour qualifier l'écart important entre des maxima en journée, liés à des spécificités d'ensoleillement (désert et montagne), et des minima nocturnes. 

Avalanche : Glissement soudain d'une partie de la couverture neigeuse d'un versant montagneux. Il résulte d'une accumulation trop rapide (début d'hiver) ou au contraire des circonstances catastrophiques du réchauffement pré-printanier. La connaissance du massif et l'emploi de moyens proportionnés permet généralement d'écarter tout risque pour les infrastructures et les habitations. Pas toujours, hélas...

Anticyclone : Masse d'air dont la pression atmosphérique dépasse 1012 hecto-Pascals alimenté depuis son sommet par les jet-streams (> 10.000 m. d'altitude). Au sol, les vents dominants partent du centre en direction de la périphérie, déviés par la force de Coriolis et repoussent les perturbations vers les dépressions périphériques : dans l'hémisphère nord, les tourbillons s'effectuent dans le sens horaire. Par extension, l'anticyclone désigne ce qu'il produit, c'est-dire un temps stable et sans précipitations. Fronts froids et chauds s'organisent à l'extérieur de l'anticyclone. Certains anticyclones particulièrement stables peuvent exclure à l'année toute précipitation (exemple en Australie); leur effacement ponctuel n'est pas sans conséquence.

Canicule : Augmentation durable de la chaleur, généralement estivale. Elle survient à cause d'un anticyclone stabilisé. Au cours de l'été 1911, la France a ainsi connu une sécheresse de 8 à 10 semaines, avec une surmortalité estimée à 40.000 décès (source). Aujourd'hui, les autorités lancent une alerte, dès lors que la température nocturne ne tombe pas en dessous de 20 °C, trois jours de suite (maxima en journée  > 33 °C).

Cercle polaire : Délimitation virtuelle d'un parallèle à l'équateur (66° 36 minutes) au-delà duquel s'étendent les hautes latitudes. L'expression de soleil de minuit désigne le fait qu'au solstice d'été (dans l'hémisphère nord, le 21 juin) le jour ne disparaît pas et qu'au solstice d'hiver la nuit dure 48 heures (21 décembre).


Climat : Ensemble des caractéristiques atmosphériques liées à la présence des océans (cycle de l'eau), obéissant à des cycles (saisonniers, solaire) et fluctuant dans l'histoire. Au cours de l'ère Quaternaire (- 2 millions d'années), périodes glaciaires et inter-glaciaires se sont succédé. Dans la dernière période, dite de l'Holocène (- 10.000 ans +/-) le réchauffement des moyennes de température saisonnière s'est accéléré du fait des activités humaines : urbanisation et production de gaz à effet de serre. Dans le Sahara, le résultat est une aridification progressive avec une transformation progressive des activités humaines. 


Continentalité : Impact de l'éloignement plus ou moins important de l'océan. On dira que l'Allemagne se trouve sous climat semi-continental,  la Pologne orientale un climat continental et Moscou un climat hyper-continental. Faute d'influences océaniques, les territoires concernés subissent une alternance entre un hiver rigoureux (et de plus en plus sec en s'éloignant de l'océan) et un été chaud (ponctué d'orages). La funeste négligence du facteur climatique a largement pesé dans l'échec de la grande Armée en 1812. 

Désert : Partie des continents émergés dans lesquels les conditions climatiques sont extrêmes, avec aridité et amplitude thermique diurne. La clarté des matériaux naturels (sables ou rochers) répercute en journée les rayons du soleil - albédo - tandis que la nuit  amplifie la chute des températures, par l'absence de végétation et de nébulosité. On considère généralement que les précipitations annuelles tombent en-dessous de 250 mm. L'hyper-aridité désigne les quelques déserts absolus que compte la planète (< 50 mm), comme l'Atacama chilo-péruvien ou le Rub-al-khali arabique. Le type de peuplement permet toutefois d'ajouter les régions équatoriales (qui bénéficient néanmoins d'une pluviométrie abondante). Du point de vue de la géographie humaine, un désert définit un territoire dans lesquels les habitants ne sont pas sédentaires - en dehors des rares points d'eau - et ont longtemps adapté leur mode de vie. La cueillette, la chasse, la pêche et la guerre restent plus ou moins à l'ordre du jour.

El Niño : Phénomène climatique exceptionnel du Pacifique sud-est. Au large des côtes désertiques du Chili et du Pérou, le courant marin froid s'interrompt brusquement du fait d'une modification de la répartition des eaux chaudes océaniques. Dans cette zone inter-tropicale, il en résulte une reprise aussi brusque que temporaire du cycle évaporation - précipitation. Ce phénomène est doublement catastrophique : pour l'activité de pêche comme pour les inondations catastrophiques conséquentes.

Erg : Etendue désertique caractérisée par l'accumulation de sables issus des mécanismes érosifs propres au milieu. 1/ Dilatation & rétractation des matériaux par la chaleur et le froid). 2/ Sablage par les vents dominants à l'origine des roches éolisées. L'erg doit être distingué du reg (*).

Etagement : Adaptation de la végétation en fonction de l'altitude. Se succèdent l'étage collinéen, l'étage montagnard, et les étages subalpin & alpin dans lesquels la forêt ne peut se développer. Mousses et lichens caractéristique de la haute montagne se retrouvent dans la toundra, végétation des hautes latitudes.

Glacier : Masse de glace continentale constituée par l'accumulation pluri-annuelle de neiges éternelles appelée névé. Les glaciers recouvrent aujourd'hui un peu moins de 10% des surfaces émergées, pour l'essentiel dans l'Antarctique, au Groënland et en haute-montagne (Andes, Himalaya). Les surfaces englacées régressent toutefois. Le glacier est un élément naturel dynamique, qui érode le substrat (moraines, vallées à fond plat), et produit l'été des eaux de fusion. Les inlandsis dégagent en mer des icebergs avec une capacité d'influer sur les courants marins océaniques froids : dans l'hémisphère sud, en particulier.

Gradient thermique universel : En vertu d'une loi physique, les températures diminuent régulièrement au fur et à mesure que l'on atteint les couches supérieures de l'atmosphère. En montagne, la diminution moyenne est de 6 degrés par tranche de 1.000 mètres (ou 1 degré tous les 170 m.). Il va sans dire que la latitude et l'orientation du versant peuvent largement modifier cette graduation.

Homogénéité thermique : En Europe occidentale, l'océan Atlantique nord bénéficie de l'apport mensuel de la Dérive Nord-Atlantique (improprement surnommée Gulf Stream). Les eaux de surfaces - de températures moyennes égales ou supérieures à 12°C -  alimentent un cycle d'évaporation et perturbations caractéristiques du climat océanique. Les températures extrêmes disparaissent alors : froid hivernal et chaleurs estivales. Maladroitement comparé à un moteur climatique, l'océan cesse parfois de tempérer le continent, qui retrouve soudain les influences arctiques, continentales et/ou tropicales. Ces dernières ramènent le continent à son positionnement septentrional : la latitude de Bordeaux correspond peu ou prou à celle de New-York

Latitude : Position sur le globe terrestre entre l'équateur (0) et les pôles. Elle indique mécaniquement la capacité du soleil à réchauffer les couches superficielles de l'atmosphère (carte).

Mousson (phénomène de la Mousson d'été) : En Asie, la régression en même que son déplacement vers le nord de l'anticyclone continental - à partir de la fin du printemps - implique une remontée brusque des influences maritimes et tropicales (issues de l'océan Indien). D'une semaine à l'autre, l'aridité disparaît et laisse place à des précipitations d'autant plus abondantes que l'air s'élève brusquement (littoral, chaîne de montagne). Celles-ci produisent un débordement saisonnier des cours d'eau et rendent complexe le traitement des eaux de surfaces dans les grandes métropoles des pays concernées (exemple à Bombay). Le développement civilisationnel de l'Iran, de la vallée du Gange ou de la Chine du sud doit être rapproché du souci ancien de mettre en réserve cette eaux mais aussi de se protéger des inondations catastrophiques.

Reg : Dans le désert, étendues souvent planes de cailloux soumis à l'érosion thermique et éolienne. Les vents en dégagent les éléments les plus légers qui partent plus loin s'accumuler dans les ergs (*).

Rayonnement solaire : Théoriquement stable du fait de l'éloignement de la Terre, il s'avère fluctuant en fonction de la latitude. Au niveau de l'équateur, les rayons traversent l'atmosphère à la perpendiculaire (90°), dans son épaisseur la plus faible. Au delà des cercles polaire, ils arrivent en oblique (< 45°) et doivent en outre parcourir une plus grande distance pour atteindre le sol. 

Versant montagneux : L'orientation détermine la capacité du soleil à réchauffer (+ tôt et + fort) la face la mieux orientée (adret ou soulane), ou à en priver la face la moins bien orientée. A l'ombre, sur l'ubac (ou ombrée), la forêt de conifères commence à plus basse altitude, faute d'adaptation des feuillus. La population intra-montagnarde a longtemps privilégié l'un par rapport à l'autre, mais le tourisme hivernal modifie la donne, la neige tenant plus longtemps sur le versant le moins ensoleillé.


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CHAPITRE II

Delta, diagonale du vide, estran, estuaire, falaise, fjord, forêt, forêt primaire, forêt secondaire, forêt mixte tempérée, futaie, littoral, littoralisation, mangrove, moraine, récif corallien, taïga, taillis, vallée en auge, Zone Economique Exclusive.

Delta : Accumulation de sédiments terrestres dans une embouchure qui s'évase en s'appuyant sur le plateau continental : la platitude terrestre contraste avec la raideur des pentes sous-marines, plus ou moins susceptibles de glisser lors des grands séismes. Observé par Hérodote en Egypte, le premier de tous les deltas porte le nom de la lettre grecque. Il a été précocement aménagé pour les besoins du commerce en Méditerranée orientale, avec la construction du port d'Alexandrie. Ailleurs en Asie ou à l'embouchure du Mississippi, les deltas se caractérisent par des sols détritiques favorables au développement agricole : en particulier riziculture. Les tentatives d'intensification ou la présence de grandes métropoles (ponction d'eau potable) menacent les deltas d'une remontée des eaux salines. Tous les aménagements hydrauliques à l'amont, sur le fleuve ou sur l'un de ses affluents, affectent directement l'alluvionnement du delta et le dessin du trait de côte.

Diagonale du vide : Observée depuis un demi-siècle en France, cette expression sans auteur reconnu décrit une double régression des activités humaines (agricoles et urbaines) et le progrès de la forêt. La bande de territoires s'étend des Pyrénées jusqu'aux Ardennes. On y observe l'impact des grandes infrastructures de transport, la construction de résidences secondaires ou encore les perturbations créées par l'extension des plus grandes aires urbaines comme celle de Paris ou de Toulouse (lien)

Estran : Partie du littoral (*) découverte à marée basse, le plus souvent constituée par l'accumulation de sables continentaux apportés par les fleuves et remodelés par les courants côtiers (flèches littorales, tombolos, etc.). Sur les côtes formées par des écoulements volcaniques ou des surfaces rocheuses érodées - submergées à marée haute -, on parle de platier. La plage alterne souvent avec une partie vaseuse appelée wadden. Plus le marnage est faible, moins est présent l'estran : exemple en Méditerranée. Les efforts pour récupérer sous forme de d'énergie les mouvements marins n'ont pour l'heure pas donné les résultats escomptés. L'intervention de l'homme dans la géomorphologie dynamique des estrans s'avère autant coûteuse que périlleuse pour les populations résidant en limite d'estrans sableux.    

Estuaire : Embouchure d'un fleuve, à l'intérieur de laquelle la mer pénètre à marée montante : pour le plus profond des estuaires français la Gironde (puis la Garonne), jusqu'à 120 kilomètres (Langon). Avec l'augmentation de la taille des navires de commerce, les ports de fond d'estuaire ont peu à peu perdu leurs activités commerciales, sauf aménagement d'un avant-port. A Rotterdam, l'amélioration constante des installations portuaires permet au deuxième port du monde de pouvoir accueillir les portes-containers, les vraquiers et les super-tankers de grosse contenance. Le plus large de tous les estuaires du monde est celui de la Plata, qui atteint une centaine de kilomètres au droit de Montevideo.   

Falaise : Escarpement faisant face à la mer précédé par des éboulis, d'autant plus nombreux que l'érosion marine est forte et que la roche est friable. Lorsqu'un processus de sédimentation le permet, ou à la faveur d'un changement du tracé des fleuves côtiers, le trait de côte peut se reconstituer à l'avant : on parle alors de falaises mortes (parfois très à l'intérieur des terres).

Fjord : Mot norvégien décrivant une vallée creusée en période glaciaire et remplie par la mer à l'occasion de la dernière transgression flandrienne. Le Sognefjord s'étend jusqu'à 160 kilomètres à l'intérieur des terres, avec des profondeurs marines qui peuvent localement dépasser un kilomètre. En Bretagne, on parle d'aber(s) et en Espagne de ria(s). En 1940, l'obsession des Allemands d'une défaite militaire navale - depuis la bataille du Jutland en 1916 - provoque l'envahissement de la Norvège, à la suite de l'opération Narvik : crainte de voir les fjords accueillir une Navy elle-même chassée par les sous-marins allemands...

Forêt : Peuplement d'arbres, soit d'une seule essence (taïga russe ou canadienne), soit en combinaison de plusieurs (chênaie-charmaie, par exemple). D'après le Dictionnaire historique de la langue française, le mot apparaît à l'époque carolingienne dans l'expression silva forestis - 'forêt relevant de la cour de justice du roi' (forum = tribunal) - pour désigner ce qui reste inaccessible à la population. La forêt accompagne le développement de la féodalité, même si elle régresse continument du fait des grands défrichements médiévaux. L'absolutisme monarchique crée les conditions d'une appropriation des forêts pour les besoins à long terme de la marine (Code forestier de 1669). L'Etat constitue son domaine forestier après la Révolution à partir des anciennes forêts royales. =>

Forêt primaire / secondaire : On distingue la première par l'absence d'intervention humaine. Elle s'étend aujourd'hui dans la zone intertropicale, longtemps parcourue par les chasseurs-cueilleurs puis par les collecteurs et marchands (hévéa et bois précieux), elle ne cesse de régresser. Le réchauffement climatique, la déforestation du fait de l'extension des surfaces agricoles (qui menace la selva au Brésil, en Indonésie, ...) ou des besoins en bois de chauffage conduisent à une détérioration du potentiel forestier dans nombre de pays. L'agronomie a développé des techniques pour accélérer la régénération de la forêt détruite par un incendie ou abimée par l'aridification des sols : approche multirisque que l'on retrouve en Chine du nord, dans les environs de Pékin. =>

Forêt mixte tempérée : En France, l'association entre chênes et charmes (en plaines) ou entre chênes et hêtres (collines) résulte d'un effort continu de l'Etat pour créer et entretenir la forêt publique, dans une logique de gestion à long terme, sans rendement rapide : grâce aux ingénieurs géographes des Eaux et forêts. Ces forêts sont artificiellement structurées entre des arbres culminant autour de 25m et un sous-bois protégé du plein-jour. Dans les pays développés, les politiques de rigueur budgétaire et la rétractation de la surface agricole utilisée provoquent toutefois un regain d'une forêt mal entretenue (= ensauvagement) tandis que le déclin de la chasse - lui-même lié à la diminution du nombre des agriculteurs - aboutit à une croissance rapide de la population des sangliers et cervidés. Le taillis (*) déclasse la futaie aristocratique !  

Futaie : Forêt claire cultivée, sans sous-bois, avec un objectif de production à long terme. A l'horizon d'un demi-siècle, (ou d'un siècle) l'ingénieur sélectionne les arbres les plus élancés, et les mieux répartis. Ceux-ci, régulièrement élagués de leurs branches superflues, donneront des grumes droits et sans nœuds.

Littoral : Entre terre et mer. A l'origine utilisé pour décrire la faune et la flore adaptées au milieu, le mot remplace côte. Il recouvre une bande de terre plus ou épaisse selon les auteurs. On observe par exemple une détérioration des influences océaniques passés 50 kilomètres. A la faveur de l'envoi de corps expéditionnaires (Alger, 1830; Crimée, 1854), les militaires reconsidèrent cette portion de continent à la faveur des débarquements terrestres mécanisés. Au cours de la Deuxième guerre mondiale, les littoraux deviennent des théâtres d'opération à part entière, qui nécessitent une coordination des savoirs (météo et topo) et de la logistique - ports artificiels, barges de débarquement, moyens aériens (bombardement et parachutage à l'arrière) - au service de la stratégie générale. Depuis 1945, le désintérêt des militaires s'est accompagné d'un retour en force des activités civiles, symbolisé en France par la loi Littoral votée en 1975. 

Littoralisation : Phénomène géographique né à la Renaissance du développement des activités économiques sur des portions de littoral.
  • Initiée par les Portugais, elle matérialise en Afrique et Asie l'essor du commerce maritime avec l'Europe. D'autres puissances européennes disputent militairement à Lisbonne la route vers les épices et la soie, et son élan missionnaire (lutte contre les Jésuites) : Hollandais des Provinces unies (le Cap), Anglais et Français. En Amérique, l'Espagne s'accorde avec le Portugal à Tordesillas (1494) pour exploiter les richesses intérieures au continent; il faut pour cela de la main d'œuvre : début du commerce triangulaire combattu par Londres.
  • Au XIXème siècle, une deuxième littoralisation naît de la construction de l'Empire britannique (route des Indes et navigation à vapeur) et des mutations géopolitiques des pays riverains du Pacifique (Chine et Etats-Unis). La première plus encore que la seconde provoquent des effets néfastes à long terme.  
  • Dès la Première guerre mondiale, la généralisation du moteur à explosion sur les bateaux et l'accélération des progrès techniques dans la construction navale permettent une forte augmentation du commerce mondial; la course au gigantisme conduit à l'abandon des ports de fond d'estuaire et à l'aménagement d'installations toujours plus modernes (automatisation). La mondialisation des échanges accompagnant la deuxième révolution industrielle conduit - après 1945 - à une modification de l'activité industrielle elle-même : abandon des sites d'extraction, développement des sites près des côtes, désormais équipés en centrales électriques (au Japon, sidérurgie sur l'eau). Le manque de littoraux ouverts participe à l'échec de l'expérience soviétique.

Mangrove : Forêt maritime adaptée aux caractéristiques de l'estran (*). Arbres et arbustes halophiles se développent sur des racines-échasses en formations serrées, entraînant un envasement progressif et une coupure entre terre et mer (exemple des palétuviers). Procurant de l'ombre - en pleine zone intertropicale - les arbres protègent dans leurs entrelacs poissons et crustacés attisent l'intérêt des pêcheurs côtiers. Bataille de l'île de Ramree, sur le littoral de Birmanie (1945).

Moraine : Bourrelet constitué de débris caillouteux et rocheux arrachés par le glacier. Ecartée (m. latérale) ou poussée devant lui, la moraine demeure dans le paysage après la fonte dudit glacier.

Récif corallien : Barrière rocheuse apparaissant à marée basse, à proximité d'un littoral qu'il ferme au commerce et à l'envahissement par voie maritime (= l'Australie préservée de l'agression japonaise en 1942). Il s'épanouit autour des îles d'origine volcanique, dans des conditions hydrologiques précises : mer chaude, sans apport d'eau douce, absence de turbidité et de pollution. En quittant le récif en direction de l'atoll (mot venant des Maldives), on traverse un lagon peu profond, avant d'arriver sur la plage constituée d'éléments arrachés lors des grandes marées. Celles-ci deviennent plus dangereuses à la faveur du rehaussement de la surface des mers, lui-même lié au réchauffement climatique.

Taïga : Forêt de conifères qui restent verts en hiver (dite sempervirente), à l'exception du mélèze. Chaque arbre renouvelle  ses aiguilles tout au long de l'année, créant à son pied un tapis épais qui élimine les autres plantes et acidifie les sols. La taïga s'adapte à la continentalité et à une courte saison humide estivale. Plus au nord, l'aridité et les mois les plus froids forcent les conifères à laisser la place à la toundra (végétation composée de mousses et lichens qui se développe à l'approche du cercle polaire). Les besoins de l'exploitation forestière - bois d'œuvre et de trituration (pâte à papier) - font de la taïga une forêt exploitée, au périmètre assez stable, même si les incendies la menacent à date régulière : printemps et été secs. L'absence de présence humaine rend la surveillance difficile, tandis que l'association tourbe et bois complique la lutte contre les feux.   

Taillis : Forme secondaire de la forêt mixte tempérée. Ce sous-bois naît sous la main de l'homme par sélection des essences de repousse après la coupe. En laissant repartir d'une souche plusieurs arbres, on facilite dans un premier temps le regain, par le maintien du système racinaire préexistant. A moyen terme, les arbres se gênent et se tordent, faisant baisser le prix du bois. Le taillis rend plus difficile l'entretien de la forêt, précédant l'abandon complet pour nombre de propriétaires privés.

Vallée en auge (en 'U') : Vallée glaciaire qui résulte de l'action passée des glaciers lors de périodes froides. Ceux-ci arrachent des matériaux à la montagne, élargissent et raidissent les versants parcourus. Dans le fond de vallée, l'effet est doublement aplanissant : par le poids même de la glace, et par le dégagement d'alluvions en été. Les moraines (*) peuvent former un verrou naturel à l'origine de la formation d'un lac

Zone Economique Exclusive : Lors de la conférence internationale de Montego Bay (en 1982) ont été définies des règles encadrant l'accès aux ressources halieutiques et souterraines sur - ou sous - la plate-forme continentale. Les Etats peuvent se prévaloir d'une souveraineté relative sur une étendue de 200 milles marins à partir du trait de côte. En théorie, lors d'une confrontation entre ZEE, les Etats fixent une limite médiane : le cas de la Grèce et de la Turquie témoigne de l'existence de cas particuliers. La ZEE ne modifie pas les règles en vigueur concernant les eaux territoriales : 12 milles marins (+/- 22 kilomètres)

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CHAPITRE III

Bassin-versant, directive Seveso-2, étiage, industrie, lit, plan Orsec, séisme, tectonique des plaques, terrasse alluviale, thalweg, vallée.

Bassin-versant : Délimité par la ligne de séparation des eaux, le territoire considéré est unifié par l'organisation des écoulements. Au sein du bassin-versant, toutes les précipitations s'écoulent en direction d'un cours d'eau collecteur : soit directement, soit par l'intermédiaire de l'un de ses affluents. Il peut avoir des pentes faiblement marquées (comme dans le cas de la Seine) ou au contraire se situer en haute-montagne. Sa surface varie de quelques kilomètres-carrés (le Lez traversant Montpellier mesure moins de 30 km) à un demi-continent : le bassin-versant de l'Amazone (6,9 millions de km²).
La morphologie du bassin-versant détermine l'ampleur des menaces de crue, en lien avec la répartition/concentration des précipitations. Plus il est court et à forte pente, plus les pluies soudaines (orages, mousson) provoquent des crues soudaines. Plus il est étendu, plus le cours d'eau collecteur combine de facteurs d'élévations des eaux. Compléments.

Directive Seveso-2 : Elle tire son origine de deux catastrophes industrielles, dans le nord de l'Italie en 1976 (dégagement d'un nuage de dioxine dans l'atmosphère) et à Bâle en 1982. Cette directive formalise les mesures de protection de l'environnement et des habitants, et facilite l'évaluation du risque par les pouvoirs publics. La sécurisation - banalisation des sites produit toutefois des effets pervers, à commencer par l'urbanisation des parcelles proches. Compléments

Etiage : Période estivale au cours de laquelle la sécheresse saisonnière fait diminuer le débit du cours d'eau. En zone méditerranéenne, l'alimentation peut même quasiment s'interrompre.

Industrie : Activités économiques ayant pour objet la production d'électricité et la transformation des matières premières extraites du sous-sol (énergies fossiles, métaux) ou tirées du milieu naturel : pêche, élevage et cultures. Le processus industriel peut se limiter à un reconditionnement (produits semi-finis) ou impliquer plusieurs étapes complexes (électrolyse de la bauxite pour obtenir l'aluminium), à l'intérieur d'une même filière : exemple des jouets. Les besoins grandissants en électricité et hydrocarbures ont accompagné la littoralisation (*), c'est à dire une concentration des activités industrielles à proximité des grands ports de commerce : succès industriel d'un Japon sans ressources minières dans la sidérurgie sur l'eau
A l'issue de la Guerre froide, les pays du bloc de l'Est ont créé les conditions d'une crise systémique, par une planification coûteuse en transports terrestres - associant industrie et extraction des matières premières (combinats) - mais aussi par simple idéologie. Privilégier les biens d'équipement au détriment des biens de consommation impliquait une dépendance grandissante de la population vis-à-vis d'importations en provenance de l'Ouest.

Lit : Entre deux berges, la vallée peut être considérée dans sa largeur maximale. Le lit majeur - ou vallée inondable - résulte de phases climatiques au cours desquelles le débit et sa capacité de transport alluvionnaire ont façonné le profil de la vallée. Lors d'épisodes exceptionnels, le lit majeur peut encore être intégralement envahi par les eaux, avec des dégâts humains et matériels conséquents : crues centenales ou millénales. On distingue le lit mineur du précédent, parce qu'il correspond à une portion resserrée de la vallée susceptible d'être inondée de façon saisonnière, entre des berges plus ou moins mobiles. Compléments.

Plan Orsec : Elaboré en 1952, le plan signifie Organisation de la réponse de sécurité civile. Il s'est enrichi depuis de dispositifs supplémentaires, pour prendre en compte la diversité des risques naturels et industriels. Il a été activé lors de la tempête Xynthia (en 1999) ou à la suite de l'explosion du site d'AZF à Toulouse (en 2001). Dans l'absolu, un maire peut coordonner les secours, mais le préfet conduit généralement les opérations, puisqu'il dispose d'attributions élargies aux forces armées. Le déraillement d'un train transportant du bio-éthanol le 13 mars 2017  a été suivi par le déclenchement du plan Orsec.  

Séisme : Brusque décharge suivie de la diffusion d'ondes (premières et secondes) à travers la croute terrestre, évaluée selon une échelle d'intensité dite de Richter; ces ondes se transforment en vibrations pour les océans (tsunamis), la topographie et les installations humaines. On distingue l'hypocentre - ou foyer du séisme - de sa traduction en latitude & longitude à la surface (épicentre). Plus l'hypocentre est profond, moins les vibrations sont fortes; mains plus l'intensité de départ est puissante, plus l'impact au sol est important : échelle MSK. L'orogenèse et les failles coulissantes concentrent l'essentiel des risques.

Tectonique des plaques : Au départ, ensemble d'hypothèses formulées par Alfred Wegener. La théorie devient incontestée à partir de la fin des années 1960, grâce à des méthodes d'investigation de la croute terrestre et du manteau. Le déplacement des plaques les unes par rapport aux autres entraîne l'ouverture d'océans (accrétion) ou au contraire l'apparition de chaîne de montagne (subduction). Compléments.

Terrasse alluviale : Dominant le cours d'eau, replat résultant d'une accumulation d'alluvions témoignant d'une évolution du fond de la vallée, avec emboitement éventuel de plusieurs formes. Les plus anciennes terrasses peuvent surplomber de plusieurs dizaines de mètres le chenal d'écoulement, quand les plus récentes collent au profil actuel. Toutes témoignent d'une alternance ancienne entre glaciations et périodes inter-glaciaires.

Thalweg : Ensemble des points les plus bas de la vallée. Lors des périodes d'étiage (*), tracé du cours d'eau.

Vallée : Unité géographique de superficie variable définie par son profil. (1) Amont-Aval La vallée naît de l'écoulement d'un cours d'eau, depuis sa source jusqu'à la confluence/embouchure. (2) D'une berge à l'autre, la vallée s'étend entre deux versants qui tendent à devenir de plus en plus raides, au fur et à mesure que l'on remonte le cours d'eau vers sa source. On distingue le lit mineur (envahi par les crues saisonnières *) du lit majeur (*) exceptionnellement inondé.
La vallée est créée par l'écoulement, lui même dépendant des conditions climatiques. Sur plusieurs milliers d'années, on voit se succéder des périodes d'engraissement (alluvionnement / terrasses) du thalweg (*) et des périodes érosives au cours desquelles le cours d'eau creuse les accumulations précédentes. Vers l'aval, la pense s'adoucit : les méandres se forment, avec la présence de bancs de sables ou d'îles plus ou moins provisoires.

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CHAPITRE IV

Ceinture périurbaine, gentryfication, ghetto, réhabilitation, rénovation, site, situation, spécialisation urbaine, Swat, ville nouvelle.

Ceinture périurbaine : Alors que triomphe la révolution industrielle, l'idée de réconcilier la ville et la campagne séduit quelques précurseurs. Avant 1914 (Tel-Aviv), la cité-jardin est censée synthétiser les atouts de l'urbanité et le calme de la ruralité. L'expérience des bombardements de la Deuxième guerre mondiale incite après 1945 les pouvoirs publics à favoriser cette urbanisation en taches, permettant de diluer la cible dans l'espace (= faibles densités). La périphérie d'agglomération se généralise avec la démocratisation de l'automobile; la voie d'accès à la maison individuelle cesse d'être un axe de circulation. Là où le faubourg s'opposait au quartier ouvrier, la suburb s'oppose à la ville de la mixité sociale. Aux Etats-Unis, s'y ajoute une dimension raciale, après les émeutes de Detroit et à Los Angeles. 

Gentryfication : Anglicisme définissant le retour de catégories sociales favorisées dans les centres-villes de grandes agglomérations, pour trois raisons principales. 1/ Les transports font perdre tout bénéfice à qui s'installe à l'extérieur de la ville. L'attrait pour les déplacements courts et l'abandon de la voiture accompagnent le vieillissement démographique. 2/ Les politiques publiques favorisent l'embellissement des quartiers historiques - rénovation de friches, réhabilitation - et alimentent la rente des propriétaires (bulle immobilière *). 3/ Homogénéisation par le haut. Les populations les plus modestes ne peuvent rester dans les quartiers gentryfiés (sauf en logements sociaux).

Ghetto (ou quartier sensible ?) : A la Renaissance, cet île de la lagune vénitienne accueille les Juifs séfarades chassés de la péninsule ibérique. Contrairement aux Provinces Unies et à la France, les exilés obtiennent de pouvoir séparés de la ville, sous l'autorité de leurs rabbins; la contrepartie de ce privilège est de vivre à l'écart de la société vénitienne, dans une sorte de citoyenneté parallèle. [A Bordeaux, Michel de Montaigne petit-fils de marrane, est élu maire de la ville]. 
L'expression ghetto s'est ensuite diffusée aux villes austro-hongroises et russes dans lesquelles les Juifs étaient empêchés de pratiquer nombre de métiers, en butte à l'hostilité de leurs voisins (pogrom *) et aux vexations administratives. Aux Etats-Unis, et par extension, elle désigne désormais les quartiers dans lesquels vivent des populations en marges de la société urbaine.

Réhabilitation : Opération d'urbanisme dans des quartiers dégradés, plus ou moins en déshérence., souvent situés en limite de la ville ancienne. Avec le vieillissement du bâti, les activités se sont déplacées et la population s'est appauvrie. La réhabilitation vise à préserver biens et personnes; en France, la loi Malraux (1962) en fixe les modalités. Le nettoyage des façades et la restauration du patrimoine intérieur peuvent s'accompagner d'une modification des usages : appartements dans un loft, musée à la place d'une piscine (Tourcoing), université dans une ancienne fonderie (Mulhouse).

Rénovation : Opération d'urbanisme impliquant - contrairement à la réhabilitation - une rupture plus nette avec le passé, une mutation de la sociologie du quartier concerné. Les destructions étant plus poussées, on observe une modification de la voirie : exemple du quartier de la Part-Dieu à Lyon. Le coût des rénovations a découragé bien des maires, sans même parler des polémiques autour du patrimoine détruit (Beaubourg à Paris, Mériadeck à Bordeaux). 

Site : Eléments de la topographie ayant favorisé non seulement l'installation première des hommes, mais ensuite leur épanouissement. Un point haut a permis de protéger la ville des menaces extérieures, un gué facilitant le passage du cours d'eau, de faciliter le développement du négoce. Dans le cas des villes les plus anciennes, le site disparaît dans l'extension de l'agglomération. New York, par exemple, ne se limite plus depuis longtemps à l'extrémité méridionale de la presqu'île de Manhattan.
Avec l'époque moderne, les villes ouvertes, dépourvues de fortifications, se généralisent. L'art de la guerre urbaine remplace la poliorcétique. Complément. L'inter-connection du site est devenu le trait distinctif du centre-ville, par la mise en place de réseaux de transport convergents (sauf exception, comme de Los Angeles); hier facile à défendre, aujourd'hui facile à attaquer.

Situation : Eléments de la géographie régionale ayant permis l'extension urbaine du site (*), et la vitalité de son économie. Grâce à la révolution des transports et à la maîtrise du milieu naturel, la définition de la situation s'étend au gré des aménagements : infrastructures ferroviaires et routières, creusement de canaux de navigation dans les fleuves et cours d'eaux, etc. Plus les échanges augmentent, plus les points de passage (sur les principales voies d'acheminement) et plus les carrefours s'avèrent déterminants. L'abondance d'une énergie bon marché rentre également dans les critères d'une bonne situation. Etudier la situation d'un territoire donné, c'est désormais constater l'abaissement des frontières liée à l'inter-dépendance (résultant elle-même de la mondialisation des échanges) : non pas son développement autonome, mais sa capacité à être relié au monde.

Spécialisation urbaine : Tendance à la concentration des activités à l'intérieur d'une partie de la zone urbaine; ainsi, les activités industrielles s'installent plutôt à l'écart de la ville. La mono-activité exclut toutes les autres, créant les conditions d'un conflit, comme entre l'habitat et les loisirs nocturnes, en centre ville. Les choix d'hier peuvent être finalement contrecarrés, comme l'aéroport périphérique rattrapé par l'urbanisation. Le commerce de détail se concentre - lui - près des axes de transport, par nécessité pour les clients d'utiliser leur voiture : zones commerciales périphériques. A l'inverse, les centres villes se spécialisent dans le commerce de luxe.  

Swat : Acronyme anglais signifiant Special Weapons And Tactics. La première de toutes les unités d'intervention de la police américaine est celle de Los Angeles. Elle date de 1967, de la lutte contre les gangs de rues, et des premières prises d'otages médiatisées. Véritable sursaut tactique qui contrebalance au cinéma et à la télévision les déboires du Vietnam, elle s'avère sans lendemain stratégique. Ses concepteurs imaginent des équipes autonomes, entraînées comme des commandos et équipées comme de vraies forces spéciales. Les Swat ont inspiré nombre d'unités de polices étrangères, comme le Raid en France. Complément.

Ville nouvelle : Expression traduite de l'anglais, à la confluence des théories (hygiénistes, socialistes, environnementalistes, ...) et de la pratique urbanistique : industrialisation de la construction, utilisation des transports, évolution du travail et de la cellule familiale. Le plan Abercrombie envisage ainsi la transformation de Londres en 1944, avec une maîtrise de son extension. En France, l'Etat crée autour de Paris cinq villes satellites dotées chacune de ses services et d'activités propres. Reliées à la capitale, elles finissent par se transformer en banlieues reliées par le RER (< 200.000 habitants). Complément.